Quelle ritualité
urbaine aujourd'hui ?
Philippe
Ricaud, Université de Bourgogne
Le rite a été
abondamment étudié en tant que forme symbolique au service
de l'expression de croyances. Le développement prodigieux de
la sémiotique, notamment à partir des années soixante,
n'est pas étranger à cette approche du rite. Mais des
auteurs comme Durkheim ont préféré souligner sa
fonction sociale. Une communauté en célébrant -
et en se célébrant - contribue à renforcer les
liens qui unissent entre eux ses membres. Le rite est donc un moment
particulièrement essentiel à la vie et à la pérennité
d'un groupe.
La ville, en tant que communauté
de citoyens, ne peut rester étrangère à cette fonction
du rite mais il lui faut régler sa ritualité propre en
tenant compte de divers facteurs. Depuis plusieurs décennies,
elle est en effet l'objet d'un développement sans précédent
et ce dans un contexte de mutation profonde des mentalités. Les
spécialistes ont maintes fois fait remarquer que la ville ne
se distingue plus aussi nettement que par le passé des campagnes
et d'autre part que notre époque voit le monde devenir ville.
Il semble en revanche intéressant de confronter la ville moderne
à la cité antique sous le rapport de leur vie rituelle
respective. On s'aperçoit que la lente évolution qui va
de la cité-état à l'état-nation donne certains
des principaux linéaments de la ritualité urbaine actuelle.
Cette approche fait apparaître
la ville comme le théâtre d'une ritualité érodée.
Elle a largement perdu son assise religieuse depuis que la République
a confiné dans la sphère privée les anciens cultes
et que la démocratie a défendu l'autonomie de l'individu.
En outre, la constitution des états-nations a dépouillé
la ville d'une partie de sa ritualité pendant que la montée
du communautarisme achève de satisfaire le besoin naturel de
fonction rituelle.
C'est sur cette érosion
que la ville s'efforce tant bien que mal de reconstruire une nouvelle
ritualité, à la fois laïque et locale, autour d'événements
tantôt festifs tantôt sportifs, portée en cela par
une accélération de la décentralisation et un retour
en force de la notion traditionnelle de "pays".
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