Colloque international
La cérémonie :
entre le protocolaire et l'intime

6 - 8 octobre, 2005

 

Maures, mutilés, et bigarrés à la fête de Caritach de Béziers (1615-1656): la province figurée devant l'absolutisme

Dorothy Noyes, Columbus University

La fête locale traditionnelle, c'est l'intimité publique. Dans les explosions du carnaval, les façades sont pénétrées et tout se fait visible, les uns exposant les autres. Cependant la fête n'est jamais que carnavalesque, comme elle n'est jamais tout à fait protocolaire: il faut tirer parti à la fois de la dépense et de la license, le peuple jouissant et parlant à plaisir, les notables montrant avec ostentation son luxe momentaire et sa capacité représentative aux yeux de l'État. Il y a donc toujours des représentations multiples et contradictoires dans la fête. Dans le cas du Languedoc à peine tranquillisé des Guerres de Religion, la diglossie devient une ressource cérémoniale afin d'éviter la confrontation. Dans les célèbres Fêtes de Caritach de Béziers avec ses machines géantes et ses pièces de théâtre, les arguments intimes se présentent en métaphore et en patois pendant que les officiels militaires et royaux reçoivent le protocole dû et explicite dans la langue d'État. Néanmoins, l'intimité locale ne demeure point entre les interlocuteurs locaux; elle se déroule devant les Français aussi. Ses figures plus intensement corporelles deviennent des emblèmes de la province en face de l'absolutisme. C'est en effet le moment historique dans lequel s'établit la formule des représentations localistes françaises et surtout le caràctere inéluctablement folklorique-intimiste, sentant la terre et la chair, sans possibilité de dominer les techniques protocolaires--de la voix révendicative, qui n'a pas tellement changé depuis le guerrier carnavalesque Pepesuc jusqu'au José Bové de nos jours.

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