L'Histoire
est ailleurs : Guizot et la peinture historique
Gabriel Louis
Moyal, McMaster University
Intérieur est un comparatif;
intime un superlatif. Intérieur veut dire seulement qui est plus
au dedans qu'une autre chose; intime qui est plus au dedans que tout.
Voilà pourquoi intérieur est toujours mis en opposition
avec extérieur. La vie intime et la vie intérieure ne
sont pas la même chose, et nous laissons pénétrer
dans notre intérieur bien des gens que nous n'admettons pas à
notre intimité.
François Guizot, Dictionnaire des synonymes.
Dans une lettre à
son amie, Laure de Gasparin, François Guizot décrit les
réactions à une toile récemment acquise par ses
hôtes de la veille, La Source d'Ingres, dans le monde restreint
d'une réception mondaine. Frappé d'abord par la nudité
dans le tableau dont il décrit le sujet en quelque détail,
Guizot l'est encore plus par les réactions des autres invités,
par ce qu'il perçoit comme leur matérialisme mesquin et
leurs hypocrites prétentions au goût. Ce qui l'amènera
à conclure que «l'art est plus chaste que le monde.»
Pourtant Guizot n'est étranger
ni au monde de l'art ni aux grandes circonstances sociales, voire officielles.
Parmi ses tout premiers écrits figurent un salon -celui de 1810-
hautement considéré à l'époque, et un essai
sur la peinture historique. Et sans doute s'y connaît-il mieux
que beaucoup en fait des représentations et des manipulations
d'impressions qu'exigent les grandes cérémonies : C'est
lui qui a, après tout, orchestré le fastueux retour des
cendres de Napoléon.
Il n'est pas non plus le
froid puritain qu'on a voulu représenter, comme on pourra aisément
le constater dans sa correspondance avec ses deux femmes et sa famille.
La sensualité ne l'effraie pas, elle s'étale dans sa correspondance
intime. Mais, prudence ou décence, elle semble exclue pour lui
de l'histoire ou de l'historiographie.
Il s'agira de retracer dans certains de ses écrits quelques-uns
des éléments qui provoquent ce passage du social à
l'intime, de l'officiel au privé.
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