Colloque international
La cérémonie :
entre le protocolaire et l'intime

6 - 8 octobre, 2005

 

Proust, Ruskin, et la cathédrale des signes

Michael Darcy, Western Ontario

En suivant des indications de Proust, on a souvent comparé À la recherche du temps perdu à une cathédrale, le roman serait alors conçu comme lieu de mémoire, de réconciliation, de cérémonie. La métaphore roman-cathédrale met donc en évidence un rapport intime entre les idéaux de la cohésion esthétique et politique. Mon travail situe cette dimension de l'esthétique proustienne dans le contexte des débats français de l'époque sur la cohésion sociale et nous fera nous pencher sur le statut du modèle utopique communautaire dans l'oeuvre de Proust. Si le destin de la cérémonie religieuse est au coeur des préoccupations de Proust, l'écrivain est pourtant loin de proposer une adéquation entre la cathédrale et son roman, ou plus largement entre la cathédrale et les productions esthétiques séculaires. En fait, les écrits de Proust indiquent que ces dernières n'arrivent pas à remplacer la fonction politique et morale de la cérémonie religieuse. La " cérémonie surnaturelle " dont parle Proust dans ses écrits sur John Ruskin est devenue dans la Recherche l'image d'une utopie sociale qui n'existe plus, ou qui n'existera que dans un temps à venir. Les questions qui s'imposent sont les suivantes : comment et pourquoi est-ce que le modèle de la cérémonie religieuse demeure important pour l'esthétique de Proust étant donné que, pour l'écrivain, le modèle de la formation politique exemplifié par la cathédrale est devenu en quelque sorte un " paradis perdu " ?

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